On a coutume d'associer la langue française
aux plaisirs de la gastronomie et du discours
amoureux, l’empêchant en quelque sorte
d’être prise au sérieux dès
que l’on approcherait un champ sémantique
scientifique, et ici comme ailleurs cette image
reste forte. En d'autres temps, cependant, cette
même langue française était
plus volontiers liée à la diplomatie
et au droit voire à la médecine,
particulièrement dans l’Amérique
Latine du XIXème siècle.
Comment faire alors pour remettre au goût
du jour dans cette aube du XXIème siècle,
une langue française à l’approche
également scientifique, langue rigoureuse
autant que savoureuse ?
C’est ce qu’ont voulu tenter la
Fédération des Alliances Françaises
au Mexique et le S.C.A.C. (Service Culturel et
d'Action de Coopération) de l’Ambassade
de France en collaboration avec l’UVE@ (Université
Virtuelle Euro-Amérique). Mais voyons rapidement
ce que sont la Fédération des Alliances
Françaises au Mexique et l’UVE@.
Je ne voudrais pas faire ici l’historique
de l’Alliance Française mais rappeler
qu’elle a vu le jour à Mexico en
1884 puis s’est régulièrement
développée, année après
année, grâce au concours des amis
mexicains réunis ici et là en différents
comités.
Ces comités se sont fédérés,
depuis 1948, autour de présidents d’envergure
comme Alfonso REYES et aujourd’hui Agustín
LEGORRETA CHAUVET. La Fédération,
en 2002, compte 35.000 élèves différents
(quelque 55.000 inscriptions) et près de
60 établissements d’enseignement
et de culture répartis sur l’ensemble
du territoire mexicain.
L’UVE@, plus récente et non moins
dynamique a été créée
en 1999 par un éminent psychiatre mexicain,
le Docteur Armando BARRIGUETE, pour favoriser
l’enseignement de la médecine de
spécialité en ligne.
La rencontre s’est faite en 2000 sur l’idée
que l’on se proposait d’élargir
le champ des personnes pouvant être intéressées
par une approche de la langue française
; il fallait aller à la rencontre de nouveaux
publics, moins prompts à envisager de prendre
des cours de français par manque de temps
et pourtant bien disposés à cet
égard.
Le choix s’est porté tout d’abord
sur la médecine : comment approcher
des médecins spécialistes pour les
rendre francophiles puis les amener vers la francophonie
?
La première expérience tentée
fut ciblée vers des spécialistes
en psychopathologie du bébé. Il
s’agissait de leur proposer, via Internet
(et donc l’UVE@) un texte à décrypter,
texte d’un spécialiste français,
le Professeur LEBOVICI, et de leur prouver qu’à
partir de quelques outils simples, en jouant sur
la « parenté » entre l’espagnol
et le français d’une part et sur
un « sens commun » à des spécialistes
français et mexicains travaillant sur le
même champ lexical (via les racines grecques
et latines du vocabulaire spécifique employé)
d’autre part, ils étaient à
même de comprendre l’essentiel de
ce texte de spécialité.
Cette accroche permettait alors la poursuite
de l’expérience avec d’autres
textes puis débouchait sur une proposition
de regroupement en présentiel pour un bilan
d’étape. Ce fut chose faite à
Cuernavaca, dans les locaux de la toute nouvelle
Alliance Française (créée
en 2000 grâce à la générosité
d’un mécène mexicain, le sculpteur
Victor Manuel CONTRERAS).
Le M.A.E. (Ministère des Affaires Etrangères),
avec l’appui sur place du Service Culturel
et d'Action de Coopération convaincu par
l’expérience, a apporté en
2002 un soutien financier à l’opération
qui pourra donc se poursuivre et se développer
en 2003.
Nous espérons ainsi pouvoir toucher d’autres
spécialités, en gynéco-obstétrique
par exemple et élargir encore à
d’autres domaines de la culture (muséologie,
anthropologie…) où il est sans doute
intéressant que la France, de par son expérience
en la matière, puisse faire entendre sa
voix, en français. Nos amis québécois,
ici présents, et dont nous saluons toujours
l’énergie qu’ils mettent dans
la défense et illustration de la langue
française, sont bien d’accord avec
nous pour dire que dans un monde dit de globalisation,
chaque voix, chaque langue, chaque son différent
sont autant de pierres mises à l’édifice
de la richesse culturelle.
Et si nous ne renions rien des « saveurs
du savoir » selon l’expression consacrée
du grand sémiologue Roland BARTHES, nous
désirons cependant lutter pour que la langue
française soit aussi reconnue comme une
langue de communication scientifique à
part entière.

|