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Congrès international
sur les langues néo-latines
dans la communication spécialisée
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El Colegio de México,
Mexique
28-29 novembre 2002 |
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1. Les différentes
fonctions des langues |
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Les langues ont en commun de pouvoir jouer
dans les communautés de locu-teurs différentes
fonctions. Ces principales fonctions sont les
suivantes :
Cognitive
Communicationnelle (véhiculaire)
Politique (niveau d’officialité)
Symbolique
Identitaire
Communautaire
Patrimoniale
Etc.
Dans certains cas, toutes ces fonctions ne sont
pas présentes pour une langue donnée
dans une communauté linguistique. En effet,
certaines langues ne rem-plissent que certaines
fonctions pour certaines catégories d’usagers.
Nous avons de nombreux exemples dans les langues
du Sud et du Nord où l’ensemble des
fonctions est exercé par plus d’une
langue pour une même communauté.
Ce peut être le cas, notamment, d’une
langue locale, voire nationale, qui cohabite avec
une langue véhiculaire transnationale (par
exemple, le cas du gaélique en Irlande
qui cohabite avec l’anglais), cette dernière
remplissant des fonctions d’intercommunication,
dans les échanges commerciaux, par exemple.
Ça peut être aussi le cas pour une
langue étrangère apprise et parlée
dans un nombre limité de circonstances
de communications. Ainsi, pour un marchand tunisien
ayant une clientèle plurilingue, il sera
fréquent qu’il puisse exercer son
activité professionnelle dans plusieurs
langues, dont il aura une connaissance limitée,
mais ces langues ne rempliront pour lui que des
fonctions de communication uti-litaire et non
des fonctions identitaires ou communautaires,
par exemple, qui sont le fait de sa langue maternelle,
l’arabe, en l’occurrence. Il en irait
de même pour un scientifique polonais bilingue
polonais-anglais qui utilise l’anglais dans
un colloque ou une réunion internationale.
Sa langue maternelle remplit toutes les autres
fonctions, sauf celles reliées à
la communication scientifique nécessaire
à l’exercice de sa profession.
C’est sans doute avec ce schéma
en tête que nous devrions examiner la place
de nos langues dans la communication spécialisée,
sachant qu’il ne s’agit que d’une
des fonctions exercées par la langue. Il
restera à voir, quelle que soit la force
ou la faiblesse observée dans cette sphère
d’activité, jusqu’à
quel point l’exercice limité d’une
fonction par une langue affaiblit sa position
générale. |
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2. La communication spécialisée |
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En préparant cette intervention, nous nous
sommes intéressé non seulement à
la communication scientifique au sens strict, mais
nous avons étendu nos réflexions à
la situation de français dans certaines catégories
d’organisations internationales, compte tenu
de l’importance de la documentation technique
qu’elles produisent et de leur influence sur
les pratiques langagières de la communauté
linguistique francophone. Nous avons écarté
par ailleurs la question de la communic-tion spécialisée
dans les grandes entreprises et les multinationales
installées dans les pays francophones, notamment
en ce qui a trait aux activités de recherche–développement.
Mais compte tenu de l’importance croissante
de ce phénomène, il y aurait sans
doute des études intéressantes à
réaliser, comme cela se fait au Québec
et en France, dans une moindre mesure. |
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3. La communication spécialisée |
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Avant d’évoquer les problèmes
de la communication spécialisée, il
convient de voir un peu quel est l’état
des lieux de la Francophonie, en tant que bassin
de locuteurs. Voici donc quelques chiffres qui nous
situeront sur ce point.
Estimation du nombre de francophones en 1998
(Haut Conseil de la Francophonie, 1999) :
| Francophones [1] : |
112 666 000 |
| Francophones partiels [2]
: |
60 612 000 |
| Population totale (monde) : |
5 869 720 900 |
Nombre d’Etats et
de gouvernements ayant le français
comme langue officielle : |
28 |
| Francophonie institutionnelle
: |
55 Etats et gouvernements |
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4. La place du français
dans le monde |
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Le nombre global de locuteurs d’une langue
ne suffit pas à en évaluer l’importance
relative, ni à décrire le ou les rôles
qu’elle peut jouer.
Ainsi, Louis-Jean Calvet (Calvet, 2002 : 142)
propose un indice composite, en croisant le nombre
de locuteurs et le nombre de pays dont c’est
la langue officielle. Il en arrive au tableau
suivant :
| |
Rang 1
(n. de locuteurs) |
Rang 2
(n. de pays) |
moyenne |
| 1. anglais |
2 |
1 |
1,5 |
| 2. espagnol |
4 |
4 |
4 |
| 3. chinois |
1 |
8 |
4,5 |
| 4. arabe |
6 |
3 |
4,5 |
| 5. français |
10 |
2 |
6 |
| 5. hindi |
3 |
9 |
6 |
| 7. russe |
5 |
8 |
6,5 |
| 7. portugais |
8 |
5 |
6,5 |
| 9. malais |
9 |
7 |
8 |
| 10. allemand |
11 |
6 |
8,5 |
| 11. japonais |
10 |
10 |
10 |
Il y a bien d’autres facteurs comme l’
extension d’une langue à plusieurs
pays, le degré de développement
de ces pays, les différentes fonctions
qu’elle joue sur le plan national, régio-nal
ou international.
Ainsi, on pourra noter, comme facteurs d’importance
ou de valeur d’une langue :
Son rôle international (langue de grande
communication) ;
Son caractère de langue officielle ou
langue nationale ;
Langue de l’Administration d’un
État ou d’un gouvernement ;
Langue des sciences et des techniques ;
Langue d’éducation (langue d’enseignement
et langue enseignée – tous niveaux
: primaire, secondaire et enseignement supérieur)
;
Langue du commerce et des affaires – plan
national et international ;
Langue des médias ;
Langue littéraire ;
Langue normée et standardisée
;
Langue informatisée (ou informatisable)
;
Langue communautaire ou grégaire.
Alors finalement, quelle est l’importance
réelle du français dans le monde
?
Dans le fameux rapport du British Council (Graddol,
1997), on peut constater qu’il place le
français comme l’une des deux grandes
langues de communication internationale, au côté
de l’anglais. Mais cette estimation ne vaut
que pour la situation actuelle, car dans sa vision
prospective, on peut constater qu’en 2050,
le français n’est plus mentionné
dans les grandes langues de communication.
Ce scénario pessimiste pour le français
a souvent été contesté et
les données rassem-blées dans les
différents rapports du Haut Conseil de
la Francophonie nous incitent à nuancer
cette interprétation de déclin du
français. Certes le français semble
décliner dans certains de ses usages, mais
dans d’autres, il fait du sur place. En
fait, ce sont les autres grandes langues comme
l’espagnol qui progressent plus vite que
le français.

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5. Quelques études
de cas
5.1 Le français dans les organisations
internationales
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Dans le cas du français, on doit tenir
compte du rôle que joue cette langue dans
les organisations internationales comme l’ONU,
l’OTAN, OCDE, Conseil de l’Europe, l’ISO,
et de nombreuses organisations professionnelles
internationales, soit comme langue officielle et/ou
langue de travail, langue officielle dans les grands
ensembles économiques (Union Européenne,
ALENA). De plus, il faut tenir compte du fait qu’elle
est à la base d’une grande organisation
internationale comme l’Organisation internationale
de la Francophonie, qui compte 55 Etats et gouvernements.
Cependant, ce qui détermine la «
valeur » du français dans ce marché,
c’est son usage réel. Ainsi, malgré
son caractère officiel aux Nations Unies,
le français a été choisi
par seulement 22,3 % des délégations
nationales comme langue exclusive, alors que l’anglais
est le choix de 64,7 % des délégations.
De plus, on assiste au déclin progressif
du français comme langue de travail dans
plusieurs organisations internationales dont les
Nations Unies, où la communication orale
et écrite s’effectue essentiellement
en anglais, ce qui fait dépendre le français
de la traduction dans la documentation qui est
principalement produite en langue anglaise. On
note (Calvet, 2002 : 151) que les correspondances
adressées par le Secrétariat général
aux pays membres sont le plus souvent en anglais,
que les documents sont très souvent distribués
en anglais seulement, que les conférences
de presse quotidienne du porte-parole du Secrétaire
général sont en anglais, que les
réunions informelles se font sans interprétation,
comme à l’ISO [3],
que les documents originaux sont à 95%
rédigés en anglais, etc. Or les
pratiques linguistiques des Nations Unies ont
une incidence considérable sur celles de
nombreux pays et organisations, compte tenu du
nombre de sujets touchés par les travaux
de cette organisation internationale.
Dans l’Union européenne, on s’interroge
sur les conséquences linguistiques de l’élargissement
prochain de l’Union, dans la mesure où
les nouveaux arrivants choisiraient l’anglais
comme langue de communication, au moment où
déjà, le volume des documents de
la Commission européenne rédigés
en anglais est de 55 % alors que ceux rédigés
en français ne représentent que
33 % (chiffres pour l’an 2000). On se demande
d’ailleurs ce qui arrivera du plurilinguisme
actuel dans le contexte d’une gestion des
lan-gues de plus en plus complexe et de plus en
plus coûteuse, même si le coût
de cette ges-tion des langues ne s’élève
qu’à quelques euros par habitant.
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5.2 La normalisation technique
internationale |
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Parmi les acteurs importants qui influencent les
pratiques linguistiques nationales et internationales
figurent les organismes de normalisation. Depuis
plusieurs années, on assiste à une
production pléthorique de normes techniques.
Aucun domaine n’échappe à la
normalisation, qu’elle soit internationale,
régionale ou nationale. On voit se multiplier
les comités techniques dans toutes les organisations
de normalisation et les organismes de normalisation
sont eux-mêmes de plus en plus nombreux. Il
y aurait à l’heure actuelle aux environs
d’un demi million de normes à travers
le monde et il s’en publie chaque année
environ 20 000. L’ISO pour sa part présente
près de 10 000 titres dans son cata-logue.
Cette omniprésence de la normalisation
tient également au fait qu’en plus
des normes officielles (normes de jure), c’est
à dire celles qui sont établies
par les organismes officiels constitués
et mandatés pour élaborer et implanter
des normes, tels l’ISO, la CEI, l’ANSI,
le CEN, etc., s’ajoutent les nombreuses
normes « de facto », c’est à
dire les normes qui sont élaborées
par une organisation autre qu'un organisme formel
de normalisation. Une norme de facto peut provenir
de plusieurs sources d'activités, variées
par le type d'influence technologique et par la
nature diverse de leurs intérêts.
Ainsi, certaines normes peuvent être établies
de facto par un consortium de fabricants
d'ordinateurs, par un regroupement de concepteurs
de logiciels, par une grande entreprise informatique,
par un groupe d'utilisateurs, par une association
professionnelle, etc.
Dans le contexte où les échanges
s'internationalisent et les technologies nouvelles
se multiplient, la normalisation prend un nouvel
essor et est désormais perçue comme
un outil indispensable dans les échanges
commerciaux. Pour les industriels, normalisation
devient un outil stratégique qui leur permet
d'accéder plus facilement aux marchés
mondiaux, de défendre leurs produits, d'exercer
une influence et même d'anticiper sur les
évolutions techniques. Les normes encadrent
la vie des entreprises et des organisations. Elles
constituent un système de référence
indispensable pour les divers acteurs économiques,
un véhicule pour le savoir-faire technique
et un outil important pour la diffusion et l'implantation
des terminologies traditionnelles et nouvelles.
L'importance de la normalisation et le pouvoir
des normes sont multiples. Les normes servent
de base au processus de production à l'intérieur
de l'entreprise de même qu'aux essais, aux
mesures et au contrôle de qualité.
Elles sont une des sources principales d'information
pour les responsables des marchés publics
qui doivent fixés les spécifications
techniques applicables à ces marchés.
Certaines normes revêtent un caractère
obligatoire parce qu'elles sont citées
en référence dans la réglementation
publique. Le caractère référentiel
des documents normatifs s’étend tant
aux données techniques qu’ils contiennent
qu’à la langue qu’ils véhiculent.
De plus, les normes techniques ont souvent force
de loi dans la mesure où de nombreuses
lois et les règlements qui en découlent
font une référence explicite et
obligatoire à telle ou telle norme technique
indépendamment de la langue dans laquelle
ces normes sont rédigées. La situation
a pris de l'ampleur sur les plans régional
et national avec l'ALENA (Accord de libre-échange
nord-américain). La création d'un
marché unique en Amérique du Nord
commande, tout comme en Europe, l'harmonisation
des normes techniques en usage. Dans le cadre
de la libéralisation du marché,
les signataires de l'Accord (Canada, États-Unis,
Mexique) ont accepté de ne pas avoir recours
à des mesures normatives susceptibles de
créer des obstacles commerciaux. L'harmonisation
normative se traduit en partie par l'adoption
de normes internationales (généralement
traduites en français) et en partie par
la préparation de normes compatibles, par
exemple la reconnaissance réciproque des
normes et des méthodes d'évaluation
de conformité.
Dans la pratique, cette harmonisation normative
se traduit souvent par la reconnaissance de normes
américaines ce qui force encore une fois
de plus les utilisateurs francophones et hispanophones
à recourir à des normes en langue
anglaise (Rousseau 1994 : 458). On peut penser
que ce phénomène touchera tous les
pays des deux Amériques dans le contexte
de la ZLEA [4].
Examinons un peu quelle est la pratique linguistique
d’une organisation comme l’ISO, pour
ne prendre qu’un exemple. A l’ISO
le français maintient sa position de langue
officielle et de langue de travail, en théorie
du moins. Voici un extrait des Directives ISO/CEI
qui décrit les procédures officielles
de travail :
Politique générale
concernant l'emploi des langues à
l’ISO (ISO, 2001) :
L'expression et la communication
dans la vie internationale
Dans le domaine international, il
est courant d'utiliser au moins deux
langues. L'usage de deux langues est
avantageux pour plusieurs raisons,
notamment :
• l'expression d'un même
concept dans deux langues, dont la
grammaire et la syntaxe diffèrent,
permet d'en accroître la clarté
et la précision;
• quand des accords interviennent
sur un texte préparé
dans une seule langue, des difficultés
risquent de surgir lorsqu'il s'agit
d'exprimer ce texte dans une autre
langue. Cela peut exiger la reprise
des discussions et provoquer des retards
si le texte initialement agréé
doit être modifié. La
mise au point faite tardivement dans
une autre lan-gue d'un texte déjà
approuvé dans une langue fait
souvent apparaître des difficultés
d'expression qui auraient pu être
évitées si les deux
versions avaient été
préparées simultanément
et modifiées conjointement;
• pour obtenir le rendement
maximal des réunions internationales,
il importe que les accords réalisés
soient sans équivoque et ne
risquent pas d'être remis en
cause pour des malentendus d'ordre
linguistique;
• l'emploi de deux langues
choisies dans deux groupes linguistiques
différents élargit les
possibilités de désignation
des délégués
pour les réunions;
• l'expression d'un concept
dans d'autres langues que les langues
choisies devient plus facile et plus
rigoureuse dès lors que l'on
dispose déjà de deux
versions parfaitement harmonisées.
L’emploi des langues dans
les travaux techniques
Les langues officielles sont l'anglais,
le français et le russe.
Les travaux de comités techniques
et la correspondance peuvent être
effectués dans l'une ou plusieurs
des langues mentionnées ci-dessus
considérées comme les
plus appropriées. En application
de ce qui précède, l'organisme
national de la Fédération
de Russie assure toutes les interprétations
et traductions en russe ou du russe.
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Toutefois, dans la pratique, si les normes sont
généralement diffusées en
français et en anglais, c’est cette
dernière langue qui s’est imposée
progressivement comme langue de travail presque
exclusive. Les réunions se déroulent
généralement en anglais, sous la
pression informelle de l’Organisation et
des participants n’ayant pas une connaissance
même passive du français, faute de
moyen d’organiser l’interprétation
et pour des rai-sons d’« efficacité
» des travaux. De plus, seuls certains documents
normatifs sont diffusés en français
à la dernière étape de leur
approbation par vote. Tout le travail de conception
et de rédaction s’effectue en anglais.
Cette tendance est confirmée et consentie
par l’Association française de Normalisation
dont le Directeur général affirmait
en 2001 que « l’organisation pratique
des travaux de normalisation — délai
de production de normes, etc. — impose l’anglais
comme langue de référence »
(AFNOR, 2001 : 59). L’AFNOR cependant assure
la traduction en français d’une bonne
partie des normes ISO. Ainsi, pour la seule année
2000, l’AFNOR a assuré la traduction
de 24.000 pages (AFNOR, 2001 : 21) de documents
normatifs (normes européennes et normes
internationales IS0).
Cette description sommaire des pratiques linguistiques
réelles de l’ISO est tout à
fait représentative de celles des grandes
organisations de normalisation internationale.
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5.3 Les brevets |
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Dans le domaine des brevets, il semble que la
place du français soit également menacée.
Certaines personnalités ont cherché
en octobre dernier à alerter l’opinion
publique en France alors que le Bureau européen
des brevets planifiait la suppression du français
comme langue officielle de cette organisation au
profit de l’anglais. On pourrait citer également
le cas de nombreuses organisations scientifiques
et techniques internationales qui ont tendance à
pratiquer un tel révisionnisme linguistique
qui se traduit, toujours, pour des raisons et pragmatisme
et d’économie, par le « tout
en anglais ». |
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5.4 L’enseignement
du français |
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La demande pour l’apprentissage semble
cependant se maintenir à travers le monde
et, pour le Haut Conseil de la Francophonie, «
l’enseignement du français progresse
en quantité et en qualité dans le
monde » (Haut Conseil de la Francophonie,
2001 : 580). Le Haut Conseil constate également,
pour ne citer que quelques exemples, que «
ce phé-nomène est tout spécialement
observable en Afrique anglophone où l’affluence
bat son plein dans les Alliances françaises
» (Haut Conseil de la Francophonie, 2001
: 580). Le rapport ajoute : « En Australie,
dans les cinq dernières années,
le nombre d’apprenants de français
dans les centres, instituts et alliances, a augmenté
de 20 à % selon les cas. ». Il es
serait de même au Royaume-Uni, mais aux
Etats-Unis, la croissance du français est
limitée par la place que prend l’espagnol,
ce qui est un phénomène normal,
vu l’augmentation de la population hispanophone
dans ce pays.
L’un des espoirs de la Francophonie se
situe dans le potentiel humain que représente
l’Afrique francophone. Cependant, tous les
observateurs s’entendent pour dire que la
maîtrise du français en Afrique,
tant en quantité qu’en qualité
n’est pas encore à la hauteur des
espoirs. Compte tenu de ce constat général,
qui s’ajoute à celui de la dégradation
générale des systèmes d’enseignement
en Afrique. Le mot peut sembler fort, mais ce
constat semble réaliste d’autant
plus qu’il est souvent formulé par
les responsables politiques africains et par les
professionnels de l’enseignement.
C’est dans ce contexte qu’est née
l’idée d’organiser les «
Etats généraux » de l’enseignement
du français en Afrique francophone, sur
la base d’une convergence d’analyses
dans le cadre des demandes et des besoins exprimés
par les pays concernés. Le postulat est
que la maîtrise de la langue d’enseignement
influence grandement la qualité des apprentissages
de toutes les disciplines, en particulier des
matières scientifiques. Les deux constats
sont les suivants :
La situation générale du français
et de son enseignement se dégrade de
plus en plus dans les pays africains qui ont
fait le choix du français comme langue
officielle et comme langue d’enseignement.
Des besoins criants existent et requièrent
des interventions urgentes.
Les six pays les moins scolarisés au
monde sont francophones. Le français
y cohabite avec des langues partenaires [5]
et certains observateurs et analystes font un
lien de cause à effet entre le choix
de la langue d’enseignement mal maîtrisé
et la qualité des apprentissages et l’efficacité
interne des systèmes éducatifs.
Il sera question, pendant cette manifestation
qui réunira tous les acteurs de l’enseignement,
des enseignants aux responsables politiques, des
politiques linguistiques et éducatives,
du contenu de l’enseignement, des méthodes
d’enseignement et de la formation des enseignants.
Ces Etats généraux, qui devaient
réunir plus de 700 personnes en novembre
à Abidjan (Côte d’Ivoire),
mais ils ont dû être reportés
compte tenu de la situation politique dans ce
pays. |
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5.5 Le français dans
l’information scientifique et technique |
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Dans un rapport publié en décembre
1998, l’Académie des sciences (France)
a tenté de dresser un état des lieux
et, étant donné l’état
alarmant de la situation, a proposé un certains
nombre de recommandations visant à redresser
la situation.
L’un des premiers constats, que nous avons
pu vérifier nous même en préparant
la présente intervention, est la grande
difficulté d’obtenir une image complète
de la situation et surtout, la difficulté
d’obtenir des données numériques
récentes et représentatives de la
production de publications scientifiques et techniques
en langue française. Il est possible certes
de trouver des données sur le chiffre d’affaire
des éditeurs et diffuseurs sur des bases
géographiques, mais le facteur «
langue » est toujours difficile à
isoler. Ainsi, compte tenu de l’existence
d’un nombre important de publications scientifiques
qui se font en anglais dans les pays francophones,
on ne peut établir de correspondances entre
l’origine géographique et la langue
des publications. De plus, nous avons dû
constater qu’aucun des organismes dont nous
avons consulté les bases de données
ne semble avoir retenu distinctement l’indicateur
« langue ». Les indicateurs retenus
sont généralement d’ordre
géographiques et d’ordre économique.
Certes il y a déjà eu des études
intéressantes et bien documentées
sur le sujet menées par le Conseil supérieur
de la langue française du Québec,
mais ces documents datent de plusieurs années
et mériteraient d’être mis
à jour.
Par contre, nous avons pu trouver à plusieurs
reprises des constats alarmants sur la diminution
de l’édition scientifique et technique
en langue française.
Pour l’Académie des sciences (France),
pour l’édition scientifique et technique,
« de 1990 à 1995, le nombre de titres,
des exemplaires et des tirages n’a pas beaucoup
varié, mais (…) le chiffre d’affaires
en francs constants est indéniablement
en décroissance » (Académie
des sciences, 1998 : 3). Le rapport ajoute que
ce chiffre d’affaires ne représente
plus que 5 % du chiffre d’affaires total
de l’édition française.
L’Observatoire des sciences et des techniques
publie de nombreuses statistiques de l’activité
scientifique française et européenne
et plus particulièrement sur la mesure
des publications, mais il n’est pas possible
d’en extraire des données à
caractère linguistique. L’Observatoire
se cantonne essentiellement dans les données
économiques par la conduite d’études
des parts du marché ou des études
techniques comme l’élaboration d’indicateurs
bibliométriques des institutions publiques
de recherche en France.
Nous pouvons cependant, mas de manière
très indirecte évaluer l’importance
relative du français en examinant ce qui
est lu ou ce qui est proposé à la
lecture.
Ainsi, à titre d’exemple, en examinant
le site de l’Institut Pasteur, très
fréquenté par tous les chercheurs
et par les documentalistes, on trouve une page
contenant une longue liste des sites Internet
des revues scientifiques proposées aux
lecteurs. Dans cette liste de 2068 périodiques
scientifiques de haut niveau, on en trouve 105
dont le titre est en français, soit 5 %
seulement. Nous ne pouvons guère tirer
de conclusion de cet échantillon qui n’est
valable que pour une série limitée
de domaines (sciences de la santé, microbio-logie,
etc.), mais cela nous donne une idée de
la part du français.
Dans les sciences humaines, la proportion du
français serait sans doute plus importante.
On sait par ailleurs qu’il existe environ
8000 revues scientifiques dans le monde, dont
1500 en France, mais encore une fois, on ne peut
affirmer que ces 1500 périodiques sont
totalement francophones.
En comparaison, nous pouvons constater que pour
l’ensemble des publications toutes catégories
confondues, on peut estimer (Graddol, 1997) la
part du français à au moins 7,7
% alors que d’autres sources estiment cette
part à environ 10% (Renard, 2000 : 150).

Comme nous ne disposons pas de tableau clair
et à jour de la situation de l’édition
scientifique en langue française, il est
évident que nous devrions recommander aux
différents organismes de veille en ces
matières, d’ajouter l’indicateur
« langue de publication » aux nombreuses
études qui sont faites sur l’état
de l’édition scientifique et technique,
de manière à ce que nous sachions
ce qu’il en est exactement et que nous puissions
évaluer la performance ou l’impact
des mesures qui ont été prises par
les organisations francophones et par les États
et gouvernements. Il nous semblerait tout à
fait opportun que les instances des Trois espaces
linguistiques [6] organisent
en commun la collecte des données relatives
à la documentation scientifique et technique
en mettant en relief l’indicateur « langue »
en harmonisant les méthodes de collecte
et de traitement des données, afin de pouvoir
faire des comparaisons utiles.
En fait, nous faisons face à un énorme
problème de marché : l’offre
et la demande. Le nombre de francophones dans
le monde devrait normalement constituer un bassin
suffisant pour constituer un marché intéressant
et pour maintenir et développer l’usage
du français dans les sciences et les techniques.
Cependant, ce bassin de francophones n’est
pas uniforme, loin de là ! Une bonne partie
de la population des pays francophones du Sud
est constituée de ce que nous avons nommé
ci-dessus de « francophones partiels ».
On constate également, dans cette partie
du monde francophone, une sous scolarisation et
un analphabétisme dans les pays du Sud
de la Francophonie ; le degré de littératie
est faible et seule une petite élite a
accès aux études supérieures.
De plus, les systèmes d’éducation
sont, dans plusieurs pays, dans un état
déplorable et nécessitent des investissements
majeurs. Cependant, le Sud est le terrain le plus
propice à l’augmentation du marché
du français.
Alors, finalement, que veulent les auteurs des
publications scientifiques et techniques ?
Être publiés rapidement :
Les chercheurs francophones publient massivement
en anglais afin d’optimiser la diffusion
de la recherche sans passer par la traduction,
jugée coûteuse et chronophage.
Être diffusés le plus largement
possible et être lus par le plus grand
nombre :
Ils ont le sentiment qu’ils seront davantage
lus s’ils publient en anglais. Ils n’ont
cer-tainement pas tort de ce point de vue. Le
rapport de l’Académie des sciences
estime que le lectorat d’une publication
en langue anglaise est supérieur de 3
à 4 fois à celui d’une publication
en français (Académie des sciences,
1998 : 6).
Être cités le plus souvent possible
:
Ils sont prisonniers des systèmes d’évaluation
qui tiennent compte du volume des citations.
Et comme les index de citations visent surtout
les publications en anglais, c’est donc
dans cette langue qu’ils veulent publier.
Le marché favorise nettement la langue
anglaise ; la langue des publications scientifiques
et techniques est un épiphénomène
de la diffusion, du statut et de l’utilisation
des langues en général. |
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6. Pistes de solution
6.1 Actions de soutien dans la Francophonie institutionnelle
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6.1.1 Programmes de l’Agence intergouvernementale
de la Francophonie [7]
L’Agence intergouvernementale mène
trois principaux programmes dans le contexte de
sa politique en faveur de la diversité
culturelle. Ces programmes visent à la
fois l’affirmation et le soutien du statut
du français et le développement
des langues et de l’instrumentation linguistique.
« Le français dans la vie internationale
». L'objectif principal de ce programme
est de contribuer au renforcement des effectifs
francophones dans les organisations internationales
par des actions de formation spécifiques
et la mise à disposition de jeunes experts,
dans la perspective de leur embauche ultérieure.
Il s’agit aussi d’assurer un bon
niveau de présence francophone dans la
vie internationale, notamment par le soutien
à la participation des francophones aux
concertations internationales et à l’usage
du français dans les conférences
internationales, grâce à l’interprétation
et à la traduction de documents ;
Le programme « Promotion du français
et appui à son enseignement »
vise à soutenir des actions de modernisation
de l’image du français et d’incitation
à son usage, par l’audiovisuel
mais surtout par son enseignement, à
travers des échanges d'expériences
et d'expertises, un soutien aux réformes
des systèmes d'enseignements. Il s’agira
aussi d’appuyer la production d'outils
didactiques adaptés aux différentes
situations d’apprentissage et distinguant
le cas spécifique des 22 États
membres du Sud qui ont choisi le français
comme langue officielle, où l’accès
du plus grand nombre à cette langue pose
d’abord une question de développement
et de pleine participation à la citoyenneté
;
L’appui aux politiques linguistiques
et aux langues partenaires ». Ce soutien
couvre tout autant le domaine d’élaboration
de législations adéquates que
celui de l’aménagement linguistique
par recours aux industries de la langue. En
plus, une attention particulière sera
accordée aux langues nationales partenaires
qui, sur le terrain africain et créolophone,
servent de relais à la langue française
en tant que vecteurs de communication, d’éducation
et de créativité. Le soutien de
ces langues d’intercommunication, qu’elles
soient de portée nationale ou transfrontalière
a pour objectif de rendre aisée leur
utilisation concrète, à l’oral
comme à l’écrit. Mais il
s’agit également d’organiser
un partenariat avec les autres organisations
internationales représentant d’autres
espaces relativement homogènes autour
de langues telles que l’arabe, l’espagnol
ou le portugais.
A ces programmes s’ajoute le soutien financier
apporté par le Fonds francophone des autoroutes,
qui a permis la réalisation de nombreux
projets de contenu francophone sur l’Internet.
6.1.2 Actions de l’Agence universitaire
de la Francophonie
L’Agence universitaire de la Francophonie
regroupe 432 établissements d’enseignement
supérieur et est constituée de réseaux
institutionnels et en réseaux de chercheurs
dans toutes les disciplines du savoir et de l’enseignement.
Parmi les programmes de l’Agence, il convient
de citer ici deux d’entre eux :
Edition – diffusion
·
Produire et diffuser de l’information
scientifique et technique en médecine,
agronomie, sciences de l’ingénieur,
économie, sciences de l’information,
sciences juridiques, sciences humaines et du
langage. L'édition est multisupports:
ouvrages, cédéroms, revues électroniques
et contenus d’enseignement en ligne.
·
Plus particulièrement, développer
l’édition et la diffusion, notamment
en ligne, afin de décloisonner les universités
du Sud en matière d’information
scientifique et de favoriser l’expression
des besoins et la diffusion des travaux en documentation
scientifique:
o en
soutenant la production de contenus scientifiques
relevant de l’enseignement ou de la
recherche, et en assurer une diffusion internationale;
o en développant
une production de contenus scientifiques francophones
en ligne;
o en dotant
les universités francophones de l’information
scientifique dont elles ont exprimé
le besoin à travers le programme «
Fonds documentaire » de base et de mise
à disposition des gisements informationnels,
encore largement localisés au Nord,
au sein des universités du Sud.
Soutien aux manifestations scientifiques
et aux sociétés savantes
L’AUF apporte son soutien à différentes
manifestations scientifiques en y favorisant
notamment la participation et les communications
de chercheurs du sud, ainsi que la diffusion
des actes. Les thématiques de ces manifestations
sont en cohérence avec les programmes
et les priorités de l’Agence.
Par ces actions, l’Agence universitaire
de la Francophonie joue un rôle majeur d’animation
et de coordination des activités scientifiques
francophones. |
 |
6.2 Pistes pour les publications
scientifiques et techniques et les colloques: |
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Pour soutenir l’offre en matière
de publications scientifiques et techniques, de
nombreuses actions ont été conduites
tant par la Francophonie institutionnelle que par
les gouvernements francophones. Rassurez-vous, je
ne vais pas énumérer tout ce que les
uns et les autres ont fait en ce domaine. Je vous
renverrai simplement aux divers rapports préparés
par le Haut conseil de la Francophonie et publiés
tous les deux ans sous le titre : Etat de la
Francophonie dans le monde. Ces rapports, très
documentés présentent de manière
très synthétique tout ce qui se fait.
Ces actions portent essentiellement sur les points
suivants :
Programmes d’aide à l’édition
;
Programmes d’aide à la traduction
et à l’interprétation pour
les congrès et colloques scientifiques
;
Programmes d’aide à la diffusion
de l’imprimé ;
La diffusion par l’Internet –
les archives ouvertes ;
Etc.
Par ailleurs, il nous semble que l’édition
électronique sur Internet, que nous n’avons
pas évoquée, sachant qu’il
y aurait un exposé particulier sur ce sujet,
est l’une des pistes d’avenir pour
la diffusion de documentation scientifique et
technique, autant celle qui est destinée
à des publics restreints et très
spécialisés (documentation primaire)
que celle qui est destinée à un
public élargi. On pense à la diffusion
des thèses, par exemple, ou l’édition
de périodiques électroniques.
Il est évident que ces actions, salutaires
pour le maintien du français dans les sciences
et les techniques, sont nettement insuffisantes
et ne représentent que la goutte d’eau
dans l’océan. Ils servent surtout
à ralentir le déclin de français
dans l’édition scientifique, et,
dans une moindre mesure, ans l’édition
technique. |
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6.3 L’instrumentation
linguistique |
| |
Pour favoriser la diversité linguistique
et donc la place du français dans la production
de documentation scientifique et technique, il conviendra
de soutenir le développement de l’instrumentation
linguistique, qu’il s’agisse des produits
de l’ingénierie linguistique, des ressources
linguistiques ou de l’enseignement du français
et plus particulièrement du français
de spécialité.
6.3.1 Produits d’ingénierie
linguistique
L’Agence de la Francophonie soutiendra
la tenue en avril 2003 la tenue d’une vitrine-forum
de l’ingénierie linguistique francophone.
Cette manifestation est organisée par le
Réseau international francophone d’aménagement
linguistique (RIFAL) créé en 2000
par l’Agence, et se tiendra à Montréal,
en collaboration avec l’Office québécois
de la langue française. Cette manifestation
vise à mettre en évidence le potentiel
et la qualité des chercheurs et ingénieurs-linguistes
francophones. Cette vitrine-forum est destinée
à favoriser l’émergence et
l’évolution des outils d’ingénierie
linguistique et d’assurer la promotion et
la réceptivité des produits technologiques
francophones.
Ces produits d’ingénierie linguistiques
sont très nombreux et appartiennent aux
différen-tes catégories suivantes
:
l’informatique documentaire;
les systèmes experts;
les outils d’analyse et de génération
de textes;
les outils pour la traduction assistée
par ordinateur, la lexicomatique, et la terminotique;
Les outils d’aide à la
rédaction et à l’édition
de textes;
Les outils de saisie automatique de
l'écrit;
Les outils de traitement automatique
de la parole;
La localisation;
Les outils inforoutiers (navigateurs,
moteurs de recherche, etc.).
6.3.2 La terminologie
Parler de communication scientifique et technique
implique que l’on s’intéresse
également aux questions terminologiques.
Les activités terminologiques, en ce qui
concerne le français, ont été
très nombreuses au cours des 30 dernières
années. Les organismes de plusieurs pays
francophones ont déployé des efforts
importants et plusieurs grandes banques de terminologie
traitant le français ont été
mises sur pied et sont diffusées sur Internet.
La Francophonie institutionnelle pour sa part
a contribué année après année
à assurer la coordination des travaux des
uns et des autres par la création de deux
réseaux, le RINT, Réseau international
de néologie et de terminologie, puis le
RIFAL, évoqué plus tôt, qui
lui a succédé en 2000. A ces efforts,
il convient d’ajouter également les
travaux du réseau de l’Agence universitaire
de la Francophonie par le réseau LTT, Lexicographie,
traduction et terminologie, qui a organisé
au fil des ans de nombreuses manifestations scientifiques
sur le thème de la terminologie.
L’aménagement de la terminologie
fait partie intégrante du concept de politique
linguistique. La terminologie, compte tenu du
volume croissant de nouveaux concepts à
dénommer, compte tenu de la fréquence
élevée de la mise à jour
des connaissances, de la multiplication de la
communication spécialisée, occupe
une place de plus en plus importante dans la vie
quotidienne. Le volume des données terminologiques
à gérer est de plus important et
de plus en plus complexe.
La terminologie est omniprésente dans
les activités
de conception;
d’élaboration et de transfert
des connaissances;
de traitement de l’information;
de la gestion des connaissances et des
données textuelles et documentaires;
dans les échanges scientifiques
et techniques;
dans les échanges commerciaux
à tous les niveaux.
Compte tenu de l’ensemble de ces applications
aucune organisation sérieuse ne peut réussir
aujourd’hui sa communication sans une bonne
prise en charge de sa fonction « terminologie
», laquelle doit être bien intégrée
aux rouages des organisations. En appui à
cette idée, je citerai à nouveau
le Rapport de l’Académie des sciences
déjà men-tionné :
« Les sciences et les techniques imposent
à ceux qui oeuvrent sur le front avancé
de leur progression, une évolution continuelle
de la langue, une création terminologique
constante, une capacité d’expression
sans cesse renouvelée, bref une activité
coûteuse en temps et en efforts que seuls
le nombre et la qualité des publications
et de leurs lecteurs justifient. » (Académie
des sciences, 1998 : 7).
Et le rapport ajoute :
« Une langue qui ne sera plus apte à
remplir ces conditions devra renoncer à
être un instrument essentiel de la modernité.
» (Académie des sciences, 1998
: 7).
Deux manifestations récentes ont mis
en lumière le rôle de la terminologie
dans la diversité linguistique et l’urgence
des investissements nécessaires au développement,
à la mise à jour et à la
diffusion des terminologies. Et il est opportun,
croyons-nous, de rap-peler quelques unes des recommandations
de ces deux manifestations.
Séminaire interaméricain sur
la gestion des langues – Québec,
août 2002 :
Diffusion massive des terminologies pour soutenir
les activités de rédaction et
de traduction. Les résolutions du Séminaire
interaméricain de Québec sur la
gestion des langues :
o Que les
organismes interaméricains de normalisation
des Amériques de même que les groupes
de travail de la ZLEA concernés élaborent
les normes techniques et terminologiques et
autres documents normatifs dans au moins quatre
langues : l’anglais, l’espagnol,
le français et le portugais;
o Que les
organismes interaméricains se dotent
d’infrastructures terminologiques chargées
d’établir des terminologies multilingues
dans les domaines utiles et prioritaires pour
le processus d’intégration
Sommet de la terminologie : Déclaration
de Bruxelles – juin 2002 (ex-traits) :
Les nombreux organismes et réseaux présents
lors de cette manifestation ont formulé
un certain nombre de recommandations dont les
suivantes :
considérant que la terminologie est
omniprésente dans toute activité
humaine,
conscients que la terminologie est un moyen
privilégié pour véhiculer
de l’information dans la communication
spécialisée, mais qu’elle
joue également un rôle primordial
dans l’affirmation et la promotion de
la diversité culturelle et linguistique,
reconnaissant le besoin de faire prendre conscience
aux professionnels et aux décideurs de
la valeur éminente de la terminologie
en tant qu’outil de communication et de
transfert des connaissances,
o soutenir
la création d’infrastructures de
terminologie dans les grands ensembles économiques,
tels que l’Europe et la future ZLEA, et
soutenir les autres infrastructures terminologiques
existantes;
o favoriser
les initiatives de sensibilisation des industries
et des administrations à la participation
au travail terminologique;
o promouvoir
la mise en place des programmes de financement
particulier pour le travail terminologique,
et surtout pour le développement et la
mise à jour des terminologies;
o promouvoir
les initiatives tendant à l’usage
approprié de la terminologie, surtout
á tous les niveaux d’enseignement
et de spécialisation, universitaire et
non-universitaire;
o rendre
obligatoire la discipline de la terminologie
et des langues de spécialité dans
tous les cursus de traduction et favoriser son
introduction dans toutes les disciplines, en
particulier celles à caractère
scientifique et technique.
Il y a dans l’ensemble de ces recommandations
issues de deux rencontres différentes,
une convergence qui va dans le sens des propos
que nous tenons ici.
6.3.3 Un secteur à développer
: L’enseignement des technolectes
Le développement de l’intercompréhension,
qui peut constituer une piste de solution au développement
de la diversité linguistique dans les activités
scientifiques et techniques, passe par le renouvellement
de l’enseignement des langues et plus particulièrement,
croyons-nous, par l’enseignement des technolectes,
autrement appelés « langues de spécialité
». Cette formation peut se faire soit dans
le cadre de la formation académique (formation
professionnelle), dans le cadre du perfectionnement
en milieu de travail ou dans la formation des
travailleurs immigrés.
Les questions relatives à l’enseignement
du français et (et d’autres langues
de grande communication) comme langues secondes
sont très présentes dans nos préoccupations,
mais c’est peut-être davantage en
amont de l’enseignement que devraient se
déployer les actions de promotion. Il conviendrait,
nous semble-t-il, de travailler prioritairement
à rendre plus attrayant et plus utile l’apprentissage
du français, à une époque
où tout s’évalue sur le plan
de la rentabilité.
Le prestige de notre langue comme langue de culture
ne semble plus être un argument significatif
dans les choix linguistiques des apprenants. En
effet, les principales motivations des apprenants
sont plutôt d’ordre économique
: on choisira la ou les langues utiles pour le
commerce international, pour la science et pour
les communications internationales. Plutôt
que de simplement développer l’offre
en matière d’enseignement classique
du français, il serait sans doute plus
avisé et plus efficace de stimuler la demande
d’apprentissage de cette langue, ce qui
suppose une action en faveur de son utilité
socio-économique.
La demande pour l’apprentissage d’une
langue est de toute évidence fonction de
son statut réel à l’échelle
internationale ou à l’échelle
de grands ensembles économiques. Poser
le problème de l’utilité socio-économique
des langues nous conduit vers la question de l’usage
des langues à des fins professionnelles
et donc des langues de spécialité
(LSP), que nous préférons nommer
« technolectes », puisqu’il
ne s’agit pas de langues à proprement
parler, et que nous pouvons définir de
la manière suivante : sous-système
linguistique qui utilise une terminologie, une
phraséologie et d’autres moyens linguistiques
(locutions terminologiques, éléments
sémiostylistiques, etc.), dans un domaine
particulier du savoir.
L’enseignement des technolectes comme outils
de la communication spécialisée
serait de nature à la fois à :
augmenter l’offre en enseignement
et en développant un créneau encore
peu exploité ;
stimuler la demande en mettant davantage
en relief l’utilité socio-économique
de l’apprentissage des langues visées
et en élargissant l’éventail
des publics cibles ;
moderniser l’image de l’enseignement
des langues en enrichissant et en diversifiant
les contenus de l’enseignement.
Par contre, l’enseignement des technolectes
commande un renouvellement des ressources pour
l’enseignement, à commencer par leur
description. En effet, si la description des technolectes
est largement faite et mise à jour en permanence
pour ce qui est des terminologies, notamment par
les différentes banques de terminologie
(Grand dictionnaire terminologique, Eurodicautom,
Termium, et autres banques non publiques), c’est
loin d’être le cas pour la description
des autres éléments (phraséologie,
locutions, éléments sémiostylistiques,
etc.), sauf pour un certain nombre de domaines
tel le droit, le domaine des affaires, etc.
L’expansion de l’enseignement des
technolectes commande également, dans une
certaine mesure, le renouvellement de la pédagogie
: nouvel objet à enseigner, nouvelle catégorie
d’apprenants (étudiants dans les
secteurs professionnels de différents niveaux
et professionnels en exercice).
6.3.4 La formation à l’intercompréhension
:
Les formations en langues visant essentiellement
des compétences de compréhension
orale ou écrite (et non leur maîtrise
de performance intégrale) pour assurer
la compréhension mutuelle ont été
déjà proposées dans la préparation
de programmes de coopération entre les
Trois espaces linguistiques (Francophonie, Hispanophonie
et Lusophonie) comme peuvent constituer une piste
de solution au problème de la langue de
travail au sein des organisations internationales,
en remplacement du « tout en anglais »
qui est la pratique de plus en plus courante,
comme nous l’avons déjà dit.
Il s’agirait très certainement des
formations destinées à un public
beaucoup plus large que l’enseignement traditionnel,
mais d’une formation plus économique
(coût et durée). Ces méthodes
ne visent que la compétence de réception
et sont de nature à créer des situations
de parité dans lesquelles chaque locuteur
utilise sa langue première. Le mode de
gestion de la pratique des langues, dans un tel
contexte est de nature à soutenir la diversité
des langues et leur usage réel. |
 |
7. Conclusion |
| |
Enfin, en guise de conclusion, au-delà
de l’ensemble des quelques pistes de solution
que je viens d’évoquer, il demeure
que tout cela porte essentiellement sur l’augmentation
de l’offre, alors qu’il nous faudrait
aussi travailler sur la demande en matière
de langue, à commencer par des actions
de sensibilisation auprès des locuteurs
des langues dont nous souhaitons l’affirmation
et la promotion et pour l’organisation que
je représente, il s’agit d’abord
et avant tout des francophones, qui sont hélas
les premiers artisans — involontaires certes,
mais hélas efficaces — de la diminution
du rôle joué par le français,
car si les francophones n’utilisent plus
leur langue dans un certain nombre de circonstances
que nous avons évoqué plus tôt,
qui le fera à leur place ?
Louis-Jean Rousseau
Direction des langues et de l’écrit
Agence intergouvernementale de la Francophonie
2002-12-03 |
 |
Bibliographie |
| |
Académie des sciences (1998), Les publications
scientifiques et techniques en langue française,
Rapport No 43, Paris, Editions TEC & DOC.
AFNOR : 2001, Normalisation et défi
du multilinguisme, [Actes du colloque], Paris,
30 novembre 2001.
Calvet (Louis-Jean), 2002, Le marché
aux langues, Paris, Plon,
Grraddol (David), 1997, The Future of English,
London, The British Council.
Haut conseil de la Francophonie, 1999, Etat
de la Francophonie dans le monde, Paris, La
Documentation française.
Haut Conseil de la Francophonie (2001), Etat
de la Francophonie dans le monde, Données
1999-2000, Paris, La Documentation française.
ISO 2001 : Directives ISO/CEI, Partie
1, 4e édition.
Renard (Raymond) 2000, Une éthique
pour la Francophonie, Paris, Didier Erudition.
Rousseau (Louis-Jean), 1994, « Normalisation
et implantation terminologique », Les
Actes du colloque sur la problématique
de l'aménagement linguistique, Université
du Québec à Chicoutimi, tome II.
|
 |
Notes |
| |
[1]
Francophone : personne capable
de faire face, en français, aux situations
de communication courante.
[2]
Francophone partiel : personne ayant une compétence
réduite en français, lui permettant
de faire face à un nombre limité
de situations.
[3]
Organisation internationale de normalisation.
[4]
Zone de libre échange des Amériques.
[5]
Dans la Francophonie institutionnelle, on appelle
« langue partenaire », une langue
qui coexiste avec la langue française et
avec laquelle sont aménagées des
relations de complémentarités et
de coopération fonctionnelles dans le respect
des politiques linguistiques nationales.
[6]
Francophonie, Hispanophonie et Lusophonie, entre
lesquelles des relations de coopération
sont déjà engagées.
[7]On
trouvera le détail de cette programmation
à l’adresse Internet suivante : www.agence.francophonie.org/programmes/home.cfm

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