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La mondialisation et le développement des nouvelles technologies ont entraîné de nombreuses modifications dans le panorama de la communication entre les peuples. Dans ce nouvel espace mondialisé, la traduction en tant que pratique professionnelle a connu une véritable métamorphose dans ses pratiques mais aussi dans sa définition même. Nous nous proposons donc, à l’occasion de ce colloque organisé par l’Union latine sur le thème " la traduction et le dialogue interculturel ", de proposer une forme de synthèse sur le nouveau positionnement de la traduction professionnelle au cœur de la communication interculturelle de la société d’aujourd’hui et de demain et l’importance de son rôle dans le dialogue interculturel. Le traducteur est depuis toujours un passeur de cultures. Il sait comprendre, gérer, maîtriser et diffuser l’information, le sens, l’effet de sens, l’acte inscrit dans le langage et ce, non seulement dans sa propre culture, mais aussi d’une culture vers une autre. Dans le passé, le traducteur avait toute sa place en tant que vecteur d’information d’une langue vers une autre. Il était au cœur de la découverte des cultures par le biais des textes. Il s’agissait surtout de découvrir l’autre et de s’enrichir de ses savoirs et de ses techniques. Aujourd’hui, les compétences du traducteur, à la fois linguistiques, thématiques et techniques sont de plus en plus sollicitées au-delà même du véhicule sémantique qu’elles supposent et de la seule fonction de partage des connaissances. En effet, la compréhension des systèmes et la transmission des modes de pensée et d’action d’une culture à une autre à l’aide de moyens techniques de pointe sont désormais au cœur des processus modernes de communication. La mondialisation de la connaissance et du savoir fait désormais de la traduction un moyen, un outil, plus qu’une finalité en soi. C’est ce phénomène qui date d’environ une vingtaine d’années qui a fait craindre à certains la mort du métier de traducteur du fait de la profusion des nouvelles technologies de communication et en particulier de communication multilingues. Or le constat, après une dizaine d’années, a été que, certes les pratiques avaient changé, mais que le besoin des compétences des traducteurs se faisait de plus en plus sentir dans différents domaines de la société. En effet, à l’heure de l’ " ultra-communication "et du " tout savoir ", d’autres problématiques sont apparues. La profusion de connaissances a besoin d’être organisée et gérée. La profusion d’informations et le manque de contrôle, de validation, d’organisation des données, mais aussi la faiblesse du tout anglais, ont engendré une forte demande de spécialistes et d’experts en communication interculturelle. Au-delà même de la communication en tant que telle, les traducteurs qui se sont le mieux adaptés aux besoins de la société moderne sont devenus de véritables ingénieurs de la communication spécialistes de l’interculturalité. Il est donc intéressant aujourd’hui d’analyser les intéractions professionnelles entre les compétences traductives et les nouveaux besoins des systèmes de gestion de la connaissance et de l’information à travers le monde. Comme l’a écrit Jacques Demorgon dans son article publié récemment dans le 1er Bulletin du CRATIL [1] : " L’économie informationnelle mondialisée, technico-scientifique et médiatique, aujourd’hui moteur de l’histoire, doit ajuster son interculturel d’engendrement spécifique à l’interculturel d’engendrement global ". Ainsi de nouvelles interrelations sont en train de modifier les principes mêmes de la communication entre les individus et les liens entre les cultures. Jacques Demorgon prône en ce sens dans ses travaux l’approche par la « problématique adaptative et la notion de transculturel ». Le dialogue entre les cultures ne passe plus aujourd’hui par la seule diffusion de données (techniques, historiques, artistiques, etc.) d’un système local à un autre système local, mais surtout par la mise en place de modèles de compréhension qui permettent aux différentes cultures d’adapter, s’ils le souhaitent, d’ignorer ou même de rejeter, des données reçues de l’extérieur. La compréhension des données ne fait plus défaut, même si elle est nécessaire, mais les cultures cherchent aujourd’hui avant tout à tirer profit de cette « super-ouverture au monde » en adaptant des idées, des concepts, des notions, des produits, des systèmes, etc., à leurs propres besoins et à leurs propres systèmes de valeur, afin de profiter d’un échange de bonnes pratiques à tous les niveaux de la société. C’est dans ce contexte de mondialisation de la connaissance que le " nouveau traducteur " a toute sa place. En effet, dans cette nouvelle configuration du monde communicationnel, la traduction a plus que jamais sa place. Mais les pratiques ont changé depuis une vingtaine d’années et les traducteurs d’aujourd’hui ont un métier et un rôle fondamentalement différent même si leur compétence historique reste le cœur de leur activité. Au-delà de leur rôle de passeurs de culture, ils sont également les spécialistes de la maîtrise des communications entre les cultures. Leur travail ne consiste plus seulement à transposer un texte d’une langue à l’autre mais à faire en sorte de permettre la diffusion et l’adaptation des contenus scientifiques, économiques et culturels entre les différentes sociétés avec les nouveaux moyens qui sont les leurs. Le métier du traducteur a rapidement évolué ces deux dernières décennies, à la fois sous la pression des changements technologiques et à la suite des transformations des marchés, liées à la mondialisation, à l’externalisation et à la flexibilité. Le terme " traduction " lui-même en est venu à être ambigu : il garde pour certains le sens de " transposition d’un texte d’une langue à l’autre " mais pour le marché aujourd’hui la traduction est un ensemble de procédés qui se combinent souvent les uns aux autres : localisation, rédaction technique, post-édition, versionisation, adaptation, etc. Le rôle du traducteur est donc désormais d’être le spécialiste de cette communication interculturelle nécessaire au monde social, économique et politique qui en ce début de XXIème siècle est fondamentalement inscrit dans la diversité. Il est possible de constater que depuis une dizaine d’années, les recherches sur la communication interculturelle sont de plus en plus nombreuses dans les différentes sciences humaines et de plus en plus au niveau des sciences sociales et économiques, en raison des impacts importants de ce phénomène sur les processus de management et de production. Toutefois, les compétences du traducteur ne sont généralement pas associées aux recherches en la matière car le traducteur est relégué le plus souvent à son rôle de linguiste non spécialiste des domaines qu’il traite. Or, il apparaît de plus en plus souvent au regard des nouveaux métiers de la traduction que les compétences du traducteur en matière de communication interculturelle sont devenues indispensables au monde économique dans son ensemble. Les entreprises ont aujourd’hui des problématiques de management interculturel au sens ou elles doivent faire travailler ensemble des hommes et des femmes de cultures différentes sur des projets et des objectifs communs. La question de la langue, pour importante qu’elle soit, est devenue secondaire dans un contexte d’entreprises ayant pour l’essentiel adopté l’anglais comme langue véhiculaire. De plus, les termes " traduction et interprétation " restent pour les entreprises, comme pour le grand public, une simple compétence de transposition d’une langue à l’autre. Or, la compétence de l’interculturel fait partie intégrante des aptitudes du traducteur qui, outre la compétence linguistique essentielle à son métier : savoir comprendre, exprimer, diffuser toutes informations, est maître dans le dialogue interculturel car il sait avant tout entendre pour mieux transmettre et surtout produire les effets inhérents aux actes de communication : il sait adapter les messages et les contenus pour que la culture d’arrivée puisse en retirer toute la substance dans son propre système de valeur. En traduction et en interprétation, il ne suffit tout simplement pas de transposer des textes écrits ou parlés d’une langue à l’autre en remplaçant les mots et en observant les règles grammaticales, mais d’opérer un transfert complexe au cours duquel une série de facteurs internes et externes au texte peuvent entrer en jeu, à partir d’une culture de départ et de sa langue vers une culture d’arrivée et sa langue. Par conséquent, le traducteur cherche toujours à inclure l’environnement socio–culturel dans le processus de traduction, tout en reconnaissant les éventuelles différences entre l’auteur et le destinataire et en les faisant entrer en ligne de compte. Il est donc expert en communication interculturelle mais également expert dans tous les outils qui permettent de gérer cette communication. C’est la raison pour laquelle les nouveaux métiers de la traduction dans le contexte actuel de la communication font des traducteurs d’aujourd’hui de véritables ingénieurs de la communication interculturelle. C’est également pourquoi, l’ISIT, anciennement Institut Supérieur de Traduction et d’Interprétation, a désormais changé de positionnement pour devenir Institut de management et de communication interculturels. Le cœur de métier ne change pas mais ses impacts et son rôle dans la société ont évolué. Il est donc nécessaire, pour que le métier du traducteur soit mieux compris de l’ensemble de la société de bien positionner son champ d’action et son domaine d’influence. Cette modification nécessite il est vrai une adaptation des professionnels de la traduction aux nouvelles attentes des marchés. En ce sens, les formations à la traduction professionnelle ont dû s’adapter et doivent toujours être à l’écoute des besoins croissants du monde économique en ce sens. Comme l’écrit Valentine Galtier, responsable du programme Management interculturel à l’ISIT : " L’excellence en langue ne peut s’atteindre que par un apprentissage rigoureux comme celui de la traduction. Méconnue et dévalorisée par les entreprises, la traduction, est une école de la compréhension des cultures, de la rigueur, de la précision et de l’autonomie. Elle peut donc contribuer à former d’excellents communicants et managers. Ainsi, la traduction serait le pont entre le management et le management interculturel, compétence qui permettra de gérer toute situation de diversité en en tirant toutes les richesses et en en limitant la complexité [2] ". Les traducteurs d’aujourd’hui doivent donc relever le défi et trouver toute la place qu’ils méritent dans la nouvelle configuration économique. Ils sont désormais les spécialistes de la communication interculturelle, de la gestion et de la diffusion des connaissances, des meilleurs outils de communication en fonction des besoins de chaque société, macrocosme ou microcosme. Ils sont experts à l’heure de la mise en place des processus de compréhension dans des systèmes professionnels. Les nouveaux métiers qui les attendent se trouvent aussi bien dans les agences de traduction que dans les entreprises spécialisées en outils de communication (TAO, TA, postédition, etc.) mais aussi dans les services de communication des entreprises, dans les services des ressources humaines, du marketing, des relations internationales, etc, partout où le dialogue interculturel est primordial, là où la compréhension des différences fait la différence. Ainsi, comme je l’avais déjà exprimé lors d’une conférence, la révolution culturelle dans le monde de la traduction n’est pas le fait des outils de la traduction mais bien des métiers mêmes des traducteurs. Les traducteurs " d’avant " doivent eux aussi s’adapter à cette nouvelle configuration presque " révolutionnaire " de leur métier mais, nous le savons, la force du traducteur est principalement la capacité d’adaptation à la différence. La réalité de ce phénomène pousse également les instituts et universités de formation à la traduction professionnelle à adapter leurs cursus. C’est aussi l’une des raisons de la mise en place du projet EMT, l’European Master in Translation [3], par la Direction générale de la traduction de la Commission européenne. Le monde de la formation se transforme, s’adapte aux nouveaux besoins des marchés et aux nouvelles compétences à mettre en place pour permettre aux futurs traducteurs d’intégrer de nombreux postes au sein de la société économique. Par cette brève présentation, j’ai souhaité faire part de la situation des métiers de la traduction aujourd’hui qui se transforment au même rythme que la société et qui ont un rôle à jouer de plus en plus important à l’heure où il devient nécessaire de maîtriser la communication mondialisée et de lui rendre toute son efficacité au profit des échanges entre les peuples. L’ISIT forme donc aujourd’hui des spécialistes du management et de la communication interculturels qui ont une place de choix dans le monde d’aujourd’hui et de demain.
Bibliographie : Jacques Demorgon, Valentine Galtier, Nathalie Gormezano, J.R. Ladmiral, J. Pateau,
Jacques Demorgon, Bulletin du CRATIL n°1, Juin 2008, « Vivre et penser l’interculturel : de l’ajustement à l’engendrement » p. 17. www.isit-paris.fr/recherche Valentine Galtier, Bulletin du CRATIL n°2, novembre 2008, « Réflexions sur la diversité et le management interculturel » http://ec.europa.eu/dgs/translation/external_relations/universities/master_fr.htm
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